17 novembre 2012

Bois d'Anjou

Poussière. Vacarme. Odeurs.

L'ambiance du boulevard Henri-Bourassa se résume en ces quelques mots. Je parle du secteur est, c'est-à-dire Anjou, Montréal-Est et Pointe-aux-Trembles. Mais je crois qu'une grande partie de ce boulevard coïncide avec cette description.

Vitesse. Conformité. Platitude.

Je vis dans l'Est de Montréal depuis plus de deux ans. C'est une vie de contrastes, rien de moins. Pour un individu de mon espèce, vous comprendrez que cela peut être un enfer de côtoyer des camions, voitures de course, usines, raffineries. Par contre, j'ai également accès à des oasis de pur bonheur, des espaces de vie, de liberté.

Des friches, des forêts, des champs, des cours d'eau. Des endroits qui ont échappé à la folie de l'homme.

Marécage du Bois d'Anjou

Aujourd'hui, j'ai eu la chance de poursuivre ma découverte du bois d'Anjou. Pour ceux qui se demandent: «Bois d'Anjou?», je parle d'un parc-nature de Montréal qui n'est pour le moment qu'un espace "protégé". Je me demande quel est le sens de cette appellation, territoire protégé. Il me semble n'avoir vu personne sur place pour le protéger. Cela expliquerait peut-être pourquoi une partie de ce territoire fut détruit par une entreprise l'an dernier, justement. Des poursuites ont été faites, évidemment. Mais rien de tout ça ne nous ramènera ce territoire "protégé". Je crois que c'était un milieu humide, ces espaces fondamentalement importants dans l'équilibre de la nature. Mais bon, revenons à notre bois d'Anjou.

Voici une liste, partielle, des espèces d'arbres que vous pouvez y rencontrer:
  • Érable à sucre
  • Érable rouge
  • Chêne rouge
  • Chêne à gros fruits
  • Frêne rouge
  • Frêne noir
  • Ostryer de Virginie
  • Hêtre à grandes feuilles
  • Charme de Caroline (disons petit arbre!)
  • Orme d'Amérique
  • Bouleau jaune
  • Bouleau gris
  • Cerisier tardif
  • Pruche du Canada
  • Cèdre blanc
  • Peuplier faux-tremble
  • Peuplier deltoïde
  • Tilleul d'Amérique
Il n'y a ni pistes ni sentiers dans ce bois, il faut donc se faire un chemin sans faire de mal aux jeunes pousses, si possible. Les difficultés d'accès à ce boisé sont nombreuses, mais ça vaut vraiment la peine. Malgré sa petite superficie, cette forêt est magnifique.

Ce futur parc-nature est situé à l'angle des boulevard Henri-Bourassa et du Golf. Voici son emplacement sur Google Maps:


Agrandir le plan

Dès mon arrivée dans le boisé, j'ai tout de suite constaté la présence du chêne à gros fruits. Arbre rare à Montréal, que je trouve très attrayant. Ses glands sont bons à manger, tout comme ceux du chêne blanc et du chêne bicolore.

Chêne à gros fuits

Écorce du chêne à gros fruits

Deuxième belle découverte, le charme de Caroline. Arbre dans la famille du hêtre à grandes feuilles (également présent dans ce boisé) qui atteint une grande taille plus au sud des États-Unis et qui ne prend que la forme d'un petit arbre chez nous. Très rare à Montréal, j'en ai rencontrés à Laval au boisé Papineau lors de ma première sortie avec Charles L'Heureux (merci pour cette découverte!) et au bois de l'Équerre. L'apparence de son écorce et de son tronc est tout à fait unique et agréable à toucher et regarder. Certains l'appellent "musclewood", voici des photos qui expliquent pourquoi:

Charme de Caroline

Détail du tronc du charme de Caroline

Hêtre à grandes feuilles

Comme si je n'étais pas déjà assez content de faire d'aussi belles découvertes, voilà que j'aperçois plusieurs pruches du Canada. Encore jeunes, mais quelle belle découverte! Les pruches sont rares à Montréal, mais il fut un temps (assez lointain) où les prucheraies étaient communes et l'on pouvait voir des individus matures de taille impressionnantes.

Pruche du Canada

Le terrain du bois d'Anjou fut jadis utilisé pour l'agriculture, comme le démontre les vieux murs de pierre que l'on retrouve à deux endroits dans la forêt. J'aime beaucoup ces murs de pierres, ça me rappelle une époque plus simple où l'homme était plus proche de la terre et donc plus près de lui-même...

Vestige de l'agriculture d'autrefois

Puisque j'étais dans un secteur principalement marécageux, je m'attendais à trouver le frêne noir, qui ne vit que dans les sols humides. Il y a en avait effectivement, par contre le plus gros était tout de même de petite taille. Il faut préciser que le frêne noir a la croissance la plus lente d'entre ses frères, le frêne blanc et le frêne rouge.

Frêne noir

Parlant de frêne rouge, en voici un très imposant avec une belle écorce:

Frêne rouge

Je présume que c'est un frêne rouge, puisque je me trouvais dans un marécage. À ce que j'ai lu au sujet du frêne blanc, il ne tolère pas les sols mal drainés. L'écorce ne me semble toujours pas un bon élément d'identification pour séparer le frêne blanc du frêne rouge, car l'écorce de ces deux espèces peut être pratiquement identique, selon moi (certains auteurs partagent cette opinion, mais pas tous!). J'ai eu une discussion très intéressante avec Charles à ce sujet lors d'une petite sortie au cimetière Mont-Royal. D'ailleurs, je vous recommande fortement d'aller voir les merveilleux spécimens d'arbres matures qui s'y trouvent, ils sont très remarquables!

Pour terminer, je vous dirais que la visite de ce boisé ne s'adresse qu'aux véritables aventuriers en quête d'espèces rares à Montréal. Je suggère aux autres d'attendre encore patiemment que la ville investisse dans l'aménagement de ce merveilleux boisé.

Cette découverte fut vraiment très agréable. Encerclé par un monde urbain aride, un tel endroit aussi calme et vivant représente bien le véritable sens de la liberté.

1 commentaire:

  1. Merci Luc pour ces belles découvertes .

    Tu nous fais comprendre qu'il s'agit d'un milieu précieux à préserver à Montréal avec ses rares arbres , pruches , charmes , chênes à gros fruits , hêtres , etc .

    On sent ton amour profond du sacré de la Nature .

    Au plaisir .

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